Dans sa mise en œuvre, le concept de smart city englobe de nombreux aspects de notre quotidien : de l'information en direct sur nos smartphones pour alerter les usagers du retard d'un train aux consultations médicales en ligne, la ville intelligente entend rendre notre quotidien plus fluide. France stratégie a organisé ces derniers mois un cycle d'ateliers mensuels consacré à ce thème. Cet organisme rendra publiques ses conclusions à la fin de l'année. D'ores et déjà, le contenu de ces ateliers est accessible via Internet. Pour Pierre-Jean Coulon, président de la section transports, énergie, infrastructures et société de l'information au Comité économique et social européen (Cese),
« promouvoir les villes intelligentes signifie accroître l'efficacité et l'accessibilité des services ainsi que l'inclusion sociale, réduire la pauvreté, le chômage, la pollution et les dégradations de l'environnement ».
Cette révolution numérique modifiera aussi nos modalités de travail, notamment à travers le télétravail auquel les grandes entreprises et les collectivités publiques se convertissent bon an mal an. La démocratie numérique entraînera « l'augmentation de la transparence et la participation plus active des citoyens à la prise de décision », ajoute-t-il.
« DÉMOCRATISER LES SERVICES »
« La ville intelligente est plurielle, il n'existe pas de modèle de développement défini et commun à tous les espaces urbains », affirme Franck Confino, consultant expert en communication numérique, notamment auprès de collectivités territoriales. Certaines villes en Europe mettent l'accent sur la numérisation de la population (Vilnius, Lituanie) quand d'autres privilégient la participation des citoyens (Gênes, Italie). En France, Nancy a ripoliné de fond en comble son site Internet pour rendre accessibles 75 démarches administratives, contre une quinzaine seulement dans l'ancienne formule. Résultat : 7 500 démarches ont été enregistrées en janvier 2017, bien plus que les 300 recensées en novembre 2016. Mieux encore, les internautes ont la possibilité de créer un compte citoyen pour suivre l'avancement de leurs démarches en temps réel, disposant ainsi d'un porte-document électronique sécurisé.
Cette fréquentation marquée du site pour y effectuer les démarches administratives permet par ailleurs à la ville de mieux valoriser son actualité. Même dynamique à Montpellier où le groupe Serm/SA3M a été retenu dans le cadre d'un appel à projets sur les démonstrateurs industriels pour sa plateforme servicielle intelligente My Eureka adossée à la construction d'un « pôle autonomie santé ». Ces deux opérations complémentaires, réunissant plus de 40 partenaires publics et privés, confortent le savoir-faire de Montpellier capital santé, projet impulsé par Montpellier Méditerranée Métropole. « L'objectif est de démocratiser rapidement et durablement les services et solutions pour l'autonomie », assure Christophe Pérez, directeur général de Serm/SA3M. Le projet se concrétisera notamment à travers la construction du pôle autonomie santé à Lattes (Hérault). Ce bâtiment remplira deux fonctions : il proposera un service public local destiné à favoriser le maintien de l'autonomie et il servira de plateforme économique et de cluster pour « le développement d'une chaîne de valeur productive et servicielle pour l'autonomie, de type fablab et autres formations ». Il devrait être livré courant 2020. La plateforme numérique My Eureka entrera en fonctionnement à l'échelle d'un quartier mixte en cours de développement à Castelnau-le-Lez, et ce dès 2019. Elle entend répondre aux aspirations de la population à se maintenir à domicile le plus longtemps possible et dans les meilleures conditions.
LES ÉLUS NE DOIVENT PAS CRAINDRE LA DÉMOCRATIE PARTICIPATIVE
Pour Christine Raynard, experte en mobilités et transports à France stratégie, « nous comptons dans le monde et en France de nombreux démonstrateurs de villes intelligentes. À Singapour, en Espagne, certaines villes sont très avancées. À New York, le big data (ouverture des données publiques aux citoyens, NDLR) constitue la porte d'entrée de la ville intelligente. À Paris, le budget participatif de la mairie permet d'initier pas mal de choses. En Paca, c'est la métropole niçoise qui s'affirme plus particulièrement et Marseille, à travers le projet Euroméditerranée, se convertit à grands pas ». Le citoyen reste pour l'heure en zone périphérique de cette révolution. Les plus équipés en numérique y pénètrent sans mal. Les autres restent en lisière. Et pourtant, la réussite de la ville intelligente dépend de son universalisation. Pour ce, le volontarisme politique est incontournable : « Là où les élus mettent les moyens, l'appropriation citoyenne se fait plus facilement. Je répondrai par une évidence : le citoyen doit se sentir concerné parce que la ville intelligente ne peut se faire sans lui. Par exemple, la lutte contre les discriminations territoriales peut trouver un formidable levier à travers les modalités de la ville intelligente. Favoriser l'accès au numérique à des populations éloignées des grands centres urbains, c'est une manière de réduire ces inégalités », souligne Christine Raynard. Renforcer la démocratie participative se fait-il au détriment de la démocratie représentative, celle qui donne onction aux élus ? « La démocratie participative affûte l'intelligence collective et permet donc à l'élu de mieux appréhender les attentes citoyennes. À lui de savoir utiliser cet outil de proximité pour adapter ses actions publiques dans ce sens », poursuit la spécialiste de France stratégie. Autant dire que le temps de la concertation publique normée et réglementée, avec ses panneaux punaisés dans les préfectures et les collectivités et que personne ne lit, est compté…
COMPRENDRE LES AVANTAGES DE LA SMART CITY
La métropole niçoise a anticipé le mouvement. Mieux encore, au-delà des effets concrets que les projets visent pour améliorer la vie des habitants, la métropole prend un soin particulier à faire du grand public un allié de circonstance. À quoi servirait une action publique ambitieuse, relayée par des industriels volontaristes, sans que le public se sente concerné ? C'est la raison d'être du Smart City Innovation Center, plateforme collaborative unique en France. La Métropole a en effet réuni, dans le cadre de l'Imredd (Institut méditerranéen du risque, de l'environnement et du développement durable), un consortium de grands acteurs industriels et propose, depuis mars 2015, cette plate-forme qui concentre en un seul lieu acteurs de la recherche et de l'enseignement, start-up du territoire, grands groupes et acteurs publics engagés pour le développement économique. Dans un immense showroom de 300 mètres carrés, installé provisoirement dans l'attente de locaux définitifs dans le futur Écocampus, ce centre est devenu « le moteur d'innovation de la technopole urbaine Nice Méridia ». « C'est un espace qui permet au visiteur de visualiser et de comprendre très concrètement ce qu'est une smart city », explique Christian Tordo, vice-président de la commission développement économique et innovation à la métropole. (...)
VIDÉO : Eurekâ, le quartier connecté de Montpellier (source : ENGIE_Ineo)
