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VIVRE DANS UN SOUS-BOIS

2026-04-01|Nathalie Degardin

Comprendre le projet d’habitat et les envies du client sans pouvoir se rencontrer directement… C’est un véritable défi qui est lancé à l’agence OECO architectes, contactée en mars 2020, en plein début de Covid. Les clients sont franciliens et ils ont repéré une agence qui travaille sur le littoral atlantique, et qui est déjà intervenue là où ils ont acheté une parcelle d’un lotissement situé dans un golf, sur la dune côtière. Au cours de leur recherche d’un cadre naturel dans lequel installer leur résidence principale, où vivre une fois retraités, ce terrain planté de chênes et de pins maritimes les a séduits. En période hors-norme, tout le monde s’adapte : les échanges se feront essentiellement en visioconférences. « La première rencontre en présentiel s’est donc déroulée le jour du démarrage de chantier », témoignent les architectes. In fine, ils se rencontreront de trois à quatre fois avant la livraison, pour des choix de matériaux par exemple.

La parcelle acquise propose, certes, une belle surface globale (1 349 m2), mais l’agence doit composer avec le paysage pour dessiner une maison qui préserve le plus possible l’implantation des arbres, lesquels, justement, répondent à une envie de vivre pleinement dans un bain de nature, en toute intimité. Il en résulte ainsi « un tracé de plan presque organique » qui tient compte de « l’espace disponible entre les arbres conservés ». De « nouvelles plantations sont judicieusement positionnées de manière à cacher la vue des voisins dans ce contexte pavillonnaire ». Pour une belle intégration, les architectes prennent le parti d’une fragmentation, d’une « succession de volumes, chacun avec son toit mono-pente ». Suite parentale avec salle de bains, bureau, espace de vie ouvert sur le jardin… Chaque volume a sa fonction et participe à l’orchestration de la surface entre zone privée et zone commune. L’évidence de leur connexion tient dans l’insertion paysagère, car la maison se pense comme une interface entre dedans et dehors. L’inscription dans un paysage en sous-bois favorise la tranquillité tout en maintenant une cohérence végétale avec les espaces habités. La topographie de la dune structure l’implantation, les architectes utilisent habilement son dénivelé, ainsi la construction s’encastre dans la pente, se retirant discrètement sous la route en surplomb. Le garage, calé au niveau de l’accès, organise la transition en demi-niveau et le volume principal s’intègre progressivement dans le relief. Fermée sur rue, l’habitation développe sa perméabilité côté jardin, instaurant une continuité spatiale entre architecture et site. À l’intérieur, chaque pièce déploie sa propre relation au paysage. Les ouvertures verticales cadrent la cime des arbres et leur rapport avec le ciel, créant autant de séquences visuelles qui compensent l’étroitesse de la parcelle et s’abstraient de la mitoyenneté. Pour répondre à la demande des clients, les architectes proposent de concevoir sur le site un second volume, détaché, qui puisse servir à une location saisonnière ou simplement à recevoir des proches. Dans un principe de verticalité déployée, ils conçoivent dans un cabanon un studio indépendant : « À l’intérieur, une double hauteur met en communication l’espace séjour du rez-de-jardin avec la chambre à l’étage. Celle-ci peut être ouverte ou fermée grâce à de grands panneaux de bois pivotants sur un axe vertical. »

En osmose avec le paysage, le bois est très présent dans ce projet, visuellement et structurellement, comme le détaillent les architectes : le bardage de pin de Douglas saturé noir se fond dans la palette végétale ambiante, et « l’ensemble de la superstructure est réalisé en mur d’ossature bois et charpente traditionnelle bois. Seuls les fondations et le plancher bas du rez-de-chaussée sont en béton ». Dans une logique d’harmonie naturelle tout en offrant un contraste chaleureux avec la teinte foncée du pin, le plafond de la résidence principale est habillé de lambris de pin des Landes, que l’on retrouve également sur les murs et le plafond à l’intérieur du cabanon. Dans la maison, « le chêne est aussi utilisé pour l’habillage de certains murs de manière à accentuer la perception des différents volumes ». Tout le mobilier a été réalisé sur mesure en pin et en chêne avec une finition huilée et est intégré au maximum. Sa conception répond à un désir de minimalisme des clients, qui souhaitent un cadre épuré ; les architectes ont donc usé d’astuces et optimisé les rangements de façon à servir une fluidité de l’espace. Ainsi, le cadre est préservé, depuis l’intérieur jusqu’à l’extérieur, dans ce lotissement bien desservi. C’est toute la justesse ici de la lecture du site par l’équipe d’architectes : tirer parti du lieu pour renforcer cette impression apaisante de vivre dans un sous-bois.

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